Article publié le 08/01/2026.
Diriger sans structurer son patrimoine est une faute stratégique. Pas une négligence. Pas un oubli. Une faute. La vérité est simple : le dirigeant est le principal risque de son entreprise. Gouvernance, holding, prévoyance et retraite ne sont pas des options. Ce sont des outils de responsabilité pour protéger sa famille, son entreprise et la valeur créée.
Créer de la valeur est une chose. La conserver, la protéger et la transmettre en est une autre.
Chez les dirigeants et entrepreneurs, les enjeux patrimoniaux sont rarement théoriques : ils sont concentrés, risqués et fortement dépendants de la personne du dirigeant. C’est précisément pour cette raison que la gouvernance, la structuration et la protection de l’entreprise, de son dirigeant et des personnes clés ne peuvent être traitées comme des sujets secondaires.
Gouvernance patrimoniale : reprendre le contrôle
La gouvernance patrimoniale vise un objectif simple : éviter que le patrimoine subisse les événements de la vie, au lieu de les anticiper.
Elle consiste à organiser juridiquement, fiscalement et financièrement la détention des actifs afin de sécuriser les décisions, limiter les conflits et garantir la continuité.
Cela suppose notamment :
- une clarification des pouvoirs (qui décide, sur quoi, et dans quelles limites) ;
- une cohérence entre vie / patrimoine personnelle et vie/patrimoine professionnel(le) ;
- une anticipation des situations sensibles : incapacité, décès, mésentente entre associés ou héritiers.
Par exemple :
- Un dirigeant hospitalisé sans délégation : l’entreprise est paralysée.
- Des héritiers indivis sans règles : le patrimoine se bloque.
- Un associé décède sans pacte : les tensions explosent.
- Vie pro et perso mêlées : la fiscalité dérape.
- Aucune clause d’incapacité : les décisions sont contestées.
- Pas de gouvernance écrite : chacun interprète.
- Un décès imprévu sans anticipation : la valeur s’érode.
Holding et structuration patrimoniale : un outil, pas une fin en soi.
La holding est souvent perçue comme un outil fiscal. C’est une vision réductrice.
Bien utilisée, elle devient un véritable pivot de structuration patrimoniale.
Elle permet notamment :
- de sécuriser le contrôle des participations ;
- de fluidifier la remontée de trésorerie et son réemploi (investissements, diversification, protection) ;
- d’isoler les risques opérationnels ;
- de préparer la transmission progressive du pouvoir et du capital.
Mais une holding mal pensée peut produire l’effet inverse : rigidité, surcoûts, mauvaise articulation avec la fiscalité personnelle ou successorale.
La structuration doit donc être sur mesure, évolutive, et alignée avec la stratégie de vie du dirigeant.
La holding ne doit pas non plus être utilisée comme une cash box. Car apporté l’ensemble des titres à une société holding dans le cadre de l’article 150 0 B TER sans stratégie devient un piège : obligation de remploi sous 24 mois de 60% du prix de cession en cas de vente de la société apportée dans les 3 ans de l’apport, une holding surchargée de cash complique la transmission, si le décès purge définitivement la plus-value placée en report d’imposition (apport à une société contrôlée), aucune purge n’existe en cas de sursis d’imposition (apport des titres à une société non contrôlé)…
Sécuriser aujourd’hui pour éviter de subir demain
La vraie question n’est pas : « est-ce utile ? »
La vraie question est : « que se passe-t-il si je ne fais rien ? »
Sans anticipation :
- le décès ou l’incapacité du dirigeant peut paralyser l’entreprise ;
- la famille peut se retrouver exposée financièrement, voire contrainte de céder des actifs ou la société que le défunt a mis toute une vie à construire et faire perdurer ;
- la fiscalité peut devenir confiscatoire, faute de préparation.
La structuration patrimoniale est un outil de liberté, pas une contrainte.
Prévoyance : protéger l’essentiel
Le dirigeant est souvent le principal actif économique de son groupe… mais paradoxalement le moins bien protégé.
La prévoyance ne se limite pas à un contrat standard : elle doit couvrir les besoins réels du dirigeant, de son entreprise et de sa famille.
Cela implique :
- une analyse fine du niveau de revenus à maintenir ;
- la protection du conjoint et des enfants ;
- la couverture des engagements financiers et professionnels.
Une prévoyance bien construite, via une garantie homme clé, une garantie croisée associés et une tempo décès classique permet de transformer un accident de vie en risque maîtrisé, et non en catastrophe patrimoniale.
Retraite : transformer la réussite professionnelle en sécurité durable
La retraite du dirigeant ne se résume pas aux régimes obligatoires.
Elle se construit également par capitalisation, anticipation et diversification, en tenant compte :
- de la fiscalité actuelle et future ;
- de la disponibilité des fonds ;
- des objectifs de transmission.
Les dispositifs de retraite doivent être pensés comme des outils patrimoniaux à part entière, intégrés dans une stratégie globale, et non comme de simples produits, notamment avec le Plan d’Epargne Retraite Individuel[1] destiné aux TNS[2].
Conclusion : protéger, structurer, transmettre
Gouvernance, holding, prévoyance et retraite répondent à une même logique :
reprendre la maîtrise de son patrimoine pour sécuriser sa liberté et celle de sa famille.
La performance sans protection est fragile.
La structuration sans vision est inefficace.
L’anticipation est la seule vraie sécurité.
[1] « Tout savoir sur le Plan d’Epargne Retraite Individuel : Le Guide Pratique » par Benoît BERCHEBRU, auto Edition, distributeur Amazon
[2] « Le Plan d’ Épargne Retraite des TNS : quel est le véritable plafond disponible ? » Nov. 2025 / Berchebru Benoît / Club Patrimoine – https://www.clubpatrimoine.com/contenus/per-tns-plafond-deduction
« PER assurance : décès en phase d’épargne : Enfin la réponse tant attendue » Juin 2024 / Berchebru Benoît / Aurep – https://www.aurep.com/publications-et-agenda/per-assurance-deces-en-phase-depargne-enfin-la-reponse-tant-attendue/
Par Benoît BERCHERBU, Directeur de l’ingénierie patrimoniale du Groupe Astoria